ADMIRAL SIR CLOUDESLEY SHOVELL

 

n'est pas seulement un groupe de hard rock !

 

Les récifs du Sud-Ouest des îles Scilly et le phare de Bishop
Les récifs du Sud-Ouest des îles Scilly et le phare de Bishop

Bien avant de devenir un groupe de hard rock présent sur Youtube, Cloudesley Shovell (novembre 1650 – octobre 1707) était un amiral très apprécié par son gouvernement pour ses qualités de marin très expérimenté (il intègre la Royal Navy comme mousse dès 1664) et d'homme de guerre courageux voire intrépide.

 

 Son luxueux tombeau se trouve actuellement dans l'abbaye de Westminster mais une modeste stèle se trouve juste au dessus de l'estran à Porth Hellick, petite anse se situant dans le sud-est de l'ile de Saint Mary aux iles Scilly, Cornwall, Royaume-Uni.

Ce minuscule « monument » de Porth Hellick Cove est là pour nous rappeler un fait historique apparemment anecdotique mais qui allait avoir un impact important par la suite sur l'histoire des sciences et du positionnement en mer. En effet, le corps de notre amiral s'échoua précisément à cet endroit après le naufrage de son bâtiment le HMS Association sur les récifs de Gilstone Ledges. Cette nuit du 22 octobre 1707, c'est toute une partie de son escadre, revenant du siège de Toulon, qui s'échoua sur l'archipel des Scilly. Le bilan humain est particulièrement lourd puisque les historiens évaluent les pertes entre 1400 à un peu plus de 2000 hommes pour ce grand désastre naval.

 

Cette tragédie suscita un choc extraordinaire en Grande Bretagne, en particulier à cause de la popularité de Sir Cloudesley Shovell, par ailleurs favori de la Reine. Les milieux maritimes ne voulaient plus accepter comme une fatalité les nombreux naufrages et échouements liés à l'incertitude du positionnement des navires. Il fallait agir et trouver des solutions ! C'est ainsi qu'en 1714, après un travail de « lobbying » intense des armateurs et des plus grands savants de l'époque (dont Halley et Newton) auprès du gouvernement, la Reine Anne promulgua le Longitude Act.

 

Pourquoi ce nom de Longitude Act ? En ce début de XVIII ème siècle, les marins parvenaient grossièrement à établir leur latitude au large grâce au quartier de Davis ou backstaff. Ils obtenaient ainsi une précision d'une dizaine de milles environ lorsque les conditions de visée étaient particulièrement favorables. A savoir : horizon bien défini, pas de houle, instrument parfaitement étalonné, observateur très expérimenté, etc... Mais en ce qui concerne la longitude au large, il n'existait aucun moyen valide de l'obtenir astronomiquement. Seule l'estime permettait d'évaluer très grossièrement une longitude, surtout après plusieurs semaines de navigation sans voir la terre. Sur une traversée de l'Atlantique l'erreur du point estimé (le bien nommé) pouvait atteindre plusieurs centaines de milles en longitude. L'urgence, en ce temps là, était bien de trouver un moyen de connaître précisément sa longitude après plusieurs jours de voyage en haute mer.

 

Longitud Act, National Maritime Muséum, Greenwich, London
Longitud Act, National Maritime Muséum, Greenwich, London

Le Longitude Act déclarait récompenser de 10 000 livres quiconque serait capable de donner la longitude d'un navire en haute mer à 1 degré près et 20 000 livres s'il était capable de la donner à 0,5 degré près (soit à 30 milles près sur l'équateur). Cette somme était vraiment énorme et correspondrait aujourd'hui à plusieurs millions d'euros ! Cette potentielle mirifique récompense « boosta » la recherche en ce domaine dans le monde entier. Des milliers de candidats au prix, certains complétement loufoques d'autres au contraire extrêmement sérieux déposèrent leur mémoire au Board of Longitude spécialement crée à cette occasion. Très vite il apparaît que seulement deux méthodes concurrentes pouvaient résoudre notre problème :  d'une part, la méthode des distances lunaires soutenue par Nevil Maskelyne et Tobias Mayer, d'autre part la méthode chronométrique défendue par le génial (et obstiné) artisan horloger John Harrison. L'histoire des sciences retiendra que finalement c'est la méthode chronométrique qui s'imposera sur le long terme car plus précise. En 2016, nous utilisons la droite de hauteur de Marcq Saint Hilaire qui découle directement de la méthode chronométrique...

 

Le naufrage de l'escadre de Sir Cloudesley Shovell (anonyme)
Le naufrage de l'escadre de Sir Cloudesley Shovell (anonyme)

Mais revenons au désastre de l'escadre de Sir Cloudesley Shovell. Etait-ce bien une erreur en longitude qui causa cette catastrophe maritime ? Au regret de décevoir les esprits simplificateurs, nous pensons que l'erreur de positionnement de l'escadre était globale et donc aussi en latitude. En effet, l'escadre avait quittait la terre de vue depuis Gibraltar. Les conditions de navigation dans le golfe de Gascogne avaient été rudes en ce début d'automne, mauvais temps et forte nébulosité ne permettant pas d'observer régulièrement la latitude, le jour avec le soleil et la nuit avec la Polaire. La position de l'escadre était le plus souvent estimée. Par ailleurs rappelons- nous le peu de précision d'une visée au backstaff, en particulier avec une grosse houle. De plus, cet instrument rustique devait donner des résultats différents selon le degré d'humidité du bois...D'autre part, on sait que les officiers de marine de cette période n'étaient pas toujours très entrainés aux visées astronomiques et aux calculs nautiques. Ils préféraient nettement se concentrer sur les problèmes de manoeuvre et de tactique navale. Un siècle plus tard la tendance sera exactement inverse et la connaissance de la navigation astronomique et des mathématiques associées seront la fierté de l'officier de marine. Mais ce n'est pas tout. Même les instruments de l'estime (compas de route, loch à bateau, renard, cartes marines) étaient médiocres en précision. Au XVIII ème siècle, on ne maitrisait absolument pas la déviation du compas liée aux masses magnétiques à bord. Les officiers de quart déposaient parfois leurs gros pistolets dans le meuble servant d'habitacle au compas. La rose des compas ainsi que le renard montrait le cap à un rhumb près, soit 11,25°. Et que penser de la précision des cartes marines ? La carte de la Manche utilisée par Sir Cloudesley Shovell, plaçait l'archipel des Sorlingues (Scilly) 8 milles plus au nord que sa position réelle !

 

Lieu du Naufrage du bateau amiral "L'association" - Western Rocks - SW Scilly
Lieu du Naufrage du bateau amiral "L'association" - Western Rocks - SW Scilly

Une hypothèse intéressante : l'escadre aurait été déportée vers le nord, à son insu, par le fameux courant de Rennell. L'hypothétique courant de Rennell n'est pas un courant permanent. Il s'établirait uniquement à la suite de conditions météorologiques précises aux abords du sud du golfe de Gascogne, et il entrainerait les eaux vers le nord à la vitesse de douze milles par 24 heures.

 

Enfin, le phare de Bishop, 2 éclats toutes les 15 secondes, à l'ouest de l'archipel des Scilly n'existait pas encore en 1707, pas plus que le radar ou que le GPS sur les navires.

 

Bref, en 1707, les techniques de navigation véritablement scientifiques étaient encore à inventer ainsi que la formation des marins à cette révolution culturelle bousculant leurs habitudes antécédentes. L'esprit scientifique finira par s'imposer comme une évidente nécessité dans la marine.

 

C.K.

 

Sir Cloudesley Shovell
Sir Cloudesley Shovell
Sir Cloudesley Shovell
Texte en version PDF - Sinus HE - La mer et les Hommes
Sinus HE Version PDF.pdf
Document Adobe Acrobat 4.0 MB

Quels liens existe-t-il entre un navigateur océanien et un aviateur ? La navigation astronomique de survie.

La navigation astronomique bien sûr ! Et qui mieux que Harold Charles Gatty peut symboliser ce pont entre deux mondes...

"Bug" dans les éphémérides nautiques  2015

Plusieurs utilisateurs des éphémérides nautiques 2015, édition EDINAUTIC, ont constaté des erreurs dans cette publication. En effet...

Avarie de compas magnétique, pas de panique : le soleil est là !

Au moment où il est difficile pour les jeunes marins d'aujourd'hui de concevoir ce qu'a pu être la navigation d'avant l'ère du GPS, je vous présente une anecdote...