AZIMUT

Petits propos maritimes

JEAN GABIN ET LA NAVIGATION ASTRONOMIQUE

Qui se souvient encore du film de Michel Audiard « Le drapeau noir flotte sur la marmite », réalisé en 1971 ? Ce film fut un échec commercial malgré la présence d'acteurs renommés, tels que Claude Pieplu, Jean Carmet et bien sûr Jean Gabin. Ce film a été tourné à une époque où « La France » découvrait la mer au travers d'hommes emblématiques : le commandant Cousteau, Eric Tabarly, Alain Bombard, Bernard Moitessier... C'était le temps de la ruée vers l'eau des français à travers les loisirs nautiques et la navigation de plaisance. Cette mode pour le monde maritime provoqua certainement de nombreuses vocations de plaisanciers mythomanes. C'est ce que nous raconte ce film d'Audiard, l'histoire du naufrage, au sens propre comme au sens figuré, d'un marin d'opérette. C'est peut être la justesse du regard sociologique de ce scénario, tiré du roman de René Fallet « Il était un petit navire », qui provoqua le rejet de cette oeuvre douce amer.

 

Synopsis du film : Pierre Simonet travaille à la SNCF à Villeneuve-Saint-Georges. Il remporte dans sa ville un prix pour l'exposition d'une maquette de frégate en bois d'allumettes. Emerveillé par le travail manuel de Simonet, son chef de service à la SNCF Volabruque, lui demande alors de lui construire un petit bateau de plaisance pour pêcher au large de Dieppe pour sa retraite prochaine.

 

Plus ou moins contraint et forcé, Simonet accepte la construction de ce canot mais n'étant pas lui-même charpentier de marine, il fait appel à son oncle breton, Victor Ploubaz (joué par Jean Gabin), pour l'assister dans ce chantier. Il a une profonde admiration pour cet oncle, auréolé du mythe du marin au long cours, et qu'il n'a pas vu depuis longtemps puisque ce dernier réside, entre deux embarquements, à Saint-Servan à proximité de Saint-Malo.

 

Hélas, la grande gueule Ploubaz, buriné par le grand large, va se révéler n'être qu'un magistral mythomane. Et c'est justement sa méconnaissance de la navigation astronomique qui trahira la supercherie de notre personnage.

 

Nous avons à ce moment-là un grand morceau d'anthologie cinématographique : Simonet demande à Ploubaz de lui enseigner, à plusieurs occasions, l'art du maniement du sextant et le secret des calculs du point par les astres. Ploubaz parvient néanmoins à éluder plusieurs fois le sujet, jusqu'au jour ou il ne peut plus refuser de montrer à son neveu les techniques de cette discipline prestigieuse entourée de grands mystères...

 

Il emmène donc notre candide de la SNCF avec le sextant que des collègues de travail ont naïvement offert à Volabruque peu de temps auparavant. Ploubaz va promener Simonet pendant des heures interminables, sur des kilomètres, à travers les voies ferrées de Villeneuve-Saint-Georges, prétextant qu'il ne trouve pas « de ligne de fuite » pour faire le point au sextant. Malgré toutes les manoeuvres dilatoires de Ploubaz, Simonet tient bon dans sa demande d'apprentissage de l'astronomie nautique.

 

Sextant Plastimo type Altaïr année 1980 conçu pour la plaisance (petit coffret)

Finalement, penaud, Victor Ploubaz est obligé d'avouer que s'il a été autrefois marin pendant son service militaire, c'était en tant que cuisinier ! La supercherie de l'oncle se faisant passer pour un marin bourlinguant perpétuellement sur les sept mers et ayant passé de nombreuses fois les trois caps est enfin révélée.

 

MORALE DE CETTE HISTOIRE

 

La navigation astronomique est un formidable attracteur étrange de fantasmes complétement loufoques. A toutes les époques, de l'antiquité jusqu'aux années 1980 environ, la maitrise de la navigation astronomique vous propulsait au rang de demi-dieu, de véritable gourou auprès des béotiens de la terre ferme. L'arrivée du GPS dans les années 1990 a provoqué la désacralisation de la fonction de navigateur et la généralisation de l'AIS[1],  deux décennies plus tard, a rendu plus difficile la performance des plaisanciers mythomanes. En effet, comment faire croire aux copains que vous êtes allé aux Açores aux mois de juillet et d'août, alors que l'AIS de votre voilier, que vous aviez oublié de couper, vous positionnait, tout l'été sur un célèbre site internet (marinetraffic.com), en Manche ?

 

Avant d'acheter un sextant, qui représente un investissement important de plusieurs centaines d'euros, il est préférable d'apprendre d'abord à s'en servir ainsi qu'à faire tous les calculs nécessaires. Cet apprentissage préalable vous permettra de choisir plus posément l'objet de vos rêves les plus fous. Un peu de rationalité en matière de navigation astronomique n'altérera en rien le côté merveilleux de cette discipline intellectuellement enrichissante. Apprenez avec quelqu'un qui connait vraiment le sujet et pas seulement d'une façon théorique !


[1] Système automatique d'identification des navires

 

 

Le vrai Victor Ploubaz navigue maintenant éternellement en direction de l'ile d'Avallon. Il ne peut donc plus berner personne, mais peut- être a-t-il laissé quelques épigones dans son sillage céleste ? Quelques associations dans le vaste monde, dont la notre « Sinus HE –La mer et les hommes », proposent des stages de navigations astronomiques où sont enseignées la théorie et la pratique afin de vous aider à vous orienter et à vous positionner d'une manière autonome et avec le bon sens marin dans vos croisières hauturières futures. Après ce type de stage, vous serez capable de savoir s'il vous faut, de préférence, un sextant neuf ou d'occasion, un en matière plastique ou au contraire en laiton ou en aluminium, avec un miroir plein champ ou demi-horizon, de quelle marque (Davis, Astra, Freiberger, Cassens & Plath, Tamaya) et surtout à quel prix. Il est possible de trouver actuellement de très bons sextants d'occasions à prix modique sur internet ou dans les brocantes populaires de la saison estivale, mais attention aux embûches. Certains vendeurs racontent n'importe quoi sur ce qu'ils essayent de vendre, parfois de bonne foi, par simple ignorance, mais plus souvent par esprit purement mercantile.

 

Ne vous laissez jamais impressionner par les apparences. Pour maîtriser le point en mer avec les étoiles, il n'est nullement nécessaire d'avoir une gueule de loup de mer sous une casquette d'officier de marine. Il n'est pas obligatoire non plus d'entretenir un réseau neuronal « Einsteinien » sous une chevelure en bataille et en tirant la langue...Si vous connaissez vos quatre opérations arithmétiques (addition, soustraction, multiplication, division ) et que vous savez compter jusqu'à 3600 x 24, les arcanes de la navigation astronomique vous sont facilement accessibles en promotion chaque année sur notre site internet. Surtout, n'oubliez jamais :

 

A à tous les Simonets potentiels de la mer

 Unissez-vous contre l'ignorance, l'opium du marin !

C.K.

PS : Le film «Le drapeau noir flotte sur la marmite » est actuellement visible en streaming gratuit sur le web.

 

Jean Gabin et la navigation astronomique
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