AZIMUT

Petits propos maritimes

 

Avarie de compas magnétique, pas de panique : le soleil est là !

 

Au moment ou il est devenu difficile pour les jeunes marins d'aujourd'hui de concevoir ce qu'a pu être la navigation d'avant l'ère du GPS, je vous présente une anecdote pleine d'enseignement que me conta en 1989, un professeur de navigation de l'école de pêche de Douarnenez (j'ai hélas oublié son nom).

L'histoire se passe dans les années 70 du siècle dernier. Notre témoin, patron du bord, appareilla, donc, de Douarnenez pour une campagne de pêche à la langouste sur les bancs de Mauritanie.

Le langoustier Scrafic II de Douarnenez, en 1968, au large des bancs d'Arguin (Mauritanie) - Crédit Photo : Association La mer et le Livre
Le langoustier Scrafic II de Douarnenez, en 1968, au large des bancs d'Arguin (Mauritanie) - Crédit Photo : Association La mer et le Livre


Beau temps, belle mer, rien à signaler les premiers jours de la traversée, mais arrivé à mi-parcours, entre la pointe de Bretagne et les bancs d'Arguin, survient une avarie tout à fait rare. Le liquide du compas de route est devenu complétement opaque, rendant absolument impossible la lecture du cap. En cause, vraisemblablement, l'utilisation d'un liquide inapproprié pour le remplissage du compas qui aurait réagi chimiquement avec la peinture de la rose. Par ailleurs, le langoustier de 35 mètres environ n'avait pas de compas de secours !


Comment faire au milieu du vaste océan pour se diriger ? Fallait-il relâcher dans un port pour se procurer un nouveau compas et ainsi pouvoir poursuivre normalement la campagne de pêche de plusieurs mois ?

Non : notre patron de pêche continua résolument sa route vers le sud et là je le cite : « J'ai continué simplement en calculant les azimuts du soleil avec les tables et l'atterrissage sur les bancs c'est fait au sondeur. J'ai fait toute ma campagne en Mauritanie ainsi que le retour sans compas de route. »

Notre patron s'est donc senti fort peu démuni. Mais comment a-t-il pu continuer sa route ? Cela signifie qu'à bord, il devait se trouver à minima :

  • des éphémérides nautiques, voir même uniquement l'almanach du marin Breton. A cette époque, ce dernier donnait les azimuts du soleil au lever et au coucher en fonction de la latitude.
  • des tables de navigation astronomique, du type Bataille.

 Cela signifie en outre qu'il possédait une formation en navigation astronomique, celle-ci était de fait obligatoire dans la formation de patron de pêche. Naviguer avec peu d'instruments était quelque chose qui pour lui aller de soit.

 Je vous laisse méditer sur cette petite histoire de mer... CK.

 

La mer et Le Livre : http://www.la-mer-en-livres.fr/malamok.html